On lit quoi? Bla-bla-bla – Entretien avec Isabelle Dignocourt

Vous vous en souvenez sûrement, fin septembre,  je vous partageais mon avis après la lecture de « L’éducation nationale: une machine à broyer » d’Isabelle Dignocourt. A la lecture de ce livre, passés mes vilains à priori de départ, je me suis, je dois l’avouer, sentie presque totalement en phase avec ce que nous racontait Isabelle. Déjà de par l’évocation de sa scolarité, qui a fait écho à la mienne mais aussi à celle d’un de mes crapauds… En un mot, sans jamais l’avoir rencontrée, je me sentais proche de cette professeure de lettres anciennes. Le premier contact avant la lecture fut chaleureux mais bref, une manière pour moi de garder suffisamment de recul avant le traitement d’un service presse. Après ma lecture, j’ai recontacté Isabelle et nous avons échangé un peu plus longuement, programmant par la même occasion une entrevue, étant donné que nous vivons à une dizaine de minutes l’une de l’autre.

Nous avions donc rendez-vous pendant un creux dans son planning de cours, en milieu de matinée, en fin de semaine… Le temps est passé si vite qu’Isabelle est retournée travailler sans même avoir pu manger (encore désolée Isabelle de vous avoir retenue aussi longtemps), finalement, nous avons (je pense pouvoir dire « nous ») passé un moment tellement agréable que ni l’une ni l’autre ne s’est vraiment soucié de l’heure qui s’écoulait. Nous nous sommes quittées en espérant que nous remettrions ça très vite 😉 . Vous l’avez compris, Maman Frog a fait une super belle rencontre. Bien sûr, j’avais embarqué un petit questionnaire pour vous faire partager ce moment également (je pense à vous vous voyez 😉 ) même si, sachez-le, vous ne saurez pas TOUT ce que l’on s’est dit… 😛 Premièrement parce que je pense que nous avons parlé de tout sauf du temps (il paraîtrait que l’on parle du temps quand on ne sait pas quoi dire, cela n’a pas été notre cas 😉 ), et deuxièmement parce que certains sujets nous sont propres 😉 .

Mon questionnaire était forcément axé sur le livre d’Isabelle « L’éducation nationale: une machine à broyer« . Voici donc mes questions et ses réponses….

1/ Isabelle, pourriez-vous nous expliquer comment et pourquoi vous est venue l’idée d’écrire cet ouvrage? 
Et bien finalement je n’ai pas eu l’idée vraiment. Le point de départ de cet ouvrage est la lettre que j’ai écrite à la ministre de l’Education nationale et qui a été rendue publique. Après cela, j’ai reçu énormément de messages par les réseaux sociaux et de mails, et alors que j’y répondais, j’ai découvert un message des Editions du Rocher qui me proposaient un contrat éditorial. Nous avons pris contact et il m’a été demandé si j’acceptais de revenir sur les précédents ministres. J’ai écrit quelques pages que j’ai envoyées aux Editions du Rocher et l’idée du livre est arrivée ou plutôt  s’est imposée. 

2/ Avez-vous apprécié l’aventure de l’écriture d’un ouvrage? Pensez-vous vous y retenter? 
J’ai adoré! Et alors que je ne l’imaginais pas avant l’écriture de ce premier ouvrage, je dois avouer que cela me manque. Je pense en effet retenter l’expérience, j’ai dans l’idée d’écrire cette fois un livre romancé, pourquoi pas une dystopie ? … 

3/ On doit vous la poser à chaque fois, mais que pensez-vous de votre 14e ministre, Jean-Michel Blanquer?
Comme on peut le voir écrit sur certains bulletins j’ai envie de répondre « Doit faire ses preuves » . En tout cas son discours va dans le bon sens. J’ai apprécié quand il a parlé de donner  » des racines et des ailes » aux élèves. Parce que c’est exactement ce dont ils ont besoin. Les mots sont bons mais j’attends les actes. Ce que j’aimerais le plus? qu’il mette en place 1h de latin par semaine pour toutes les classes de 6e. Cela permettrait aux enfants de renforcer leur français (pour ceux qui en ont besoin) mais aussi de leur faire découvrir avant de devoir choisir de continuer ou pas. Et cette idée serait tout à fait réalisable en plus d’être bénéfique je le pense sincèrement. C’est à cette condition seulement qu’on pourrait être honnête concernant le nombre d’élèves qui souhaitent finalement faire du latin.

4/ Dans votre ouvrage on sent à la fois de la colère et du désarroi malgré un optimisme naturel affiché chez vous, quel sentiment prédomine?
L’optimisme je l’espère. J’ai encore envie d’y croire. Dans mon livre, j’appelle au secours et à la résistance parce que je pense que cela me donne de l’énergie pour me battre encore.

5/ Avec l’écriture de ce livre, vous aviez envie de jeter un pavé dans la mare? Envie de mobiliser l’intérêt des parents et des autres professeurs ou montrer aux technocrates que vous étiez comme Astérix, une irréductible?
Les 3 à la fois. Je souhaite surtout que mon témoignage soit lu et qu’un maximum de gens comprennent que notre préoccupation est les enfants. Que pour leur offrir le meilleur on doit être unis…. jusque là nous étions désunis  parce que c’était tout l’intérêt… qui divise règne.

6 / Selon vous, que manque-t-il le plus à l’enseignement donné à nos enfants à ce jour?
– « Du bon sens, tout simplement. On est en train de transformer l’école en centre aéré. »

7/ Comment les parents qui souhaitent s’engager pour la défense de l’Ecole de nos enfants peuvent-ils agir? 
Ils peuvent rejoindre le groupe Facebook que je co-administre « Défendons sans maugréer les langues anciennes » , car ce groupe défend aujourd’hui l’École en général bien qu’à l’origine il avait été créé pour défendre les langues anciennes, d’où son nom. » , il y a également des mouvements un peu partout. Il faut mener des actions auprès des élus, avec une unité parents-professeurs.  Il y a également des projets en cours de réflexion pour faciliter l’accès de cet engagement pour les parents.

8/ Beaucoup de parents ignorent encore tout l’intérêt de pouvoir pratiquer les langues anciennes pour les enfants au collège. Qu’avez-vous envie de leur dire?
Que les langues anciennes sont à l’origine de la langue française. Le bénéfice de la pratique de ces langues est donc énorme pour TOUS les enfants notamment dans les acquisitions en français. Ces pratiques permettent également de redonner confiance aux enfants qui souffrent de dyslexie, par exemple, parce qu’on aborde la lecture différemment par exemple. Il s’agit d’un apport complet, tout prend sens et pour toutes les matières.

9/ Les problèmes sont nombreux dans l’Education Nationale, Stéphane Furina a écrit deux ouvrages pour dénoncer des dysfonctionnements bien différents que ceux que vous dénoncez mais qui inquiètent tout autant, le connaissez-vous? L’avez-vous lu?
J’ai entendu parler de ses ouvrages mais je n’ai lu qu’un extrait de son premier livre. Je dois dire que je trouve sa manière d’agir maladroite. Effectivement, il y a des soucis qui sont nombreux et ceux qu’ils dénoncent existent. Pour autant, je crains que sa manière de faire désunisse les parents et les professeurs alors qu’au contraire on a besoin qu’ils se rassemblent. Je pense également qu’il a été beaucoup instrumentalisé par les médias, ce qui lui a apporté plus de problèmes qu’autre chose.

Je devais également laissé une tribune libre à Isabelle pour lui permettre d’ajouter quelque chose mais le temps nous a manqué… Après presque 4h d’entretien… ^^ en même temps… deux bavardes ensemble… il fallait s’en douter! 😉

 

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4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Audrey
    Oct 13, 2017 @ 21:33:05

    Cet entretien est intéressant même si j’imagine que ces 4h d’échanges l’ont été encore plus 🙂
    Je n’ai jamais fait de latin, mais c’est quelque chose que je regrette et dont je suis persuadée, maintenant que je suis adulte, de l’intérêt. Je trouve donc que l’enseigner en sixième avant de laisser le choix de continuer ou non est excellente.

    Aimé par 1 personne

  2. Frog
    Oct 14, 2017 @ 08:32:30

    je suis du même avis, peut être parce que j’ai le même regret… Le proviseur de mon collège avait pourtant insisté pour que j’en fasse, et j’ai refusé… aujourd’hui je regrette vraiment de ne pas en avoir fait.

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  3. Isabelle Dignocourt
    Oct 15, 2017 @ 22:43:37

    Merci, Frog,pour cet article qui « résume » parfaitement notre bel échange. Au plaisir de nous revoir bientôt et avis à tous ceux qui regrettent ne jamais avoir fait de latin : il n’est jamais trop tard pour si mettre ! Carpe diem semper !

    Aimé par 1 personne

  4. Frog
    Oct 16, 2017 @ 07:31:01

    j’ai bien envie de m’y mettre en vrai 😉 mais je ne sais pas si je serais aussi assidue que quand j’étais à l’école 😉

    J'aime

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